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Lettre aux jeunes militants pour le climat

Dans une lettre qu’il adresse aux jeunes mobilisés pour le climat, le Premier ministre Alexander De Croo réaffirme sa confiance dans les solutions technologiques et dans la créativité entrepreneuriale des humains pour réduire considérablement les émissions. 

Chers jeunes militants pour le climat,

Lundi dernier, nous avons eu un échange intéressant et constructif lors la COP27 en Égypte. J'ai senti chez vous une profonde volonté de lutter collectivement contre les changements climatiques. Un échange positif, loin des slogans, guidé par les faits et la science. Vous étiez habités d'un volontarisme qui me plait beaucoup.

Votre réaction pour le moins négative après mon discours m’a donc surpris. « Cinq minutes, pour ne rien dire ». L'approche positive que je proposais, centrée sur la technologie et sur nos capacités humaines, sur une politique climatique ambitieuse qui « embarque » tout le monde et ne laisse personne sur la touche ne trouvait aucune grâce à vos yeux. « Un mensonge », ai-je lu, « de la poudre aux yeux ».

C’est vrai, je ne vois pas l’utilité de parler uniquement « d'enfer climatique » et de « suicide collectif » comme le fait le secrétaire général de l'ONU. Ne vous trompez pas. J'habite à la campagne à Brakel, dans nos belles Ardennes flamandes, et j’assiste moi à aussi à la lutte quotidienne de nos agriculteurs contre les changements climatiques. Des étés trop secs, des hivers trop humides. Un jour, la sécheresse qui réduit à peau de chagrin les récoltes ; l’autre, les champs inondés. Je suis bien le dernier à fermer les yeux face au défi climatique majeur auquel nous sommes confrontés. Mais je crois que nous pouvons le relever ensemble.

Et oui, je crois aussi que la technologie fait partie de la solution. Ce n'est pas une croyance aveugle. Je le crois parce que je le vois. Une importante délégation d'entrepreneurs belges nous accompagnait en Egypte : directeurs de port, ingénieurs dans l’hydrogène, constructeurs d'éoliennes.

J'ai vu comment les sociétés belges de dragage se réinventent pour devenir des entrepreneurs de la filière durable, en fertilisant les déserts avec les boues de dragage.

Aujourd'hui déjà, des entreprises belges construisent, dans de nombreux pays africains, de vastes parcs solaires et éoliens qui permettront de produire de l'hydrogène vert, une technologie au service de la transition verte de notre industrie.

Je crois en l'ingéniosité et la créativité humaines. Dans notre capacité à sans cesse améliorer les choses. Dans les années 1990, les pales d’une éolienne type mesuraient 17 mètres. Et ces éoliennes produisaient juste assez d'énergie pour alimenter une petite zone résidentielle. De nos jours, certaines éoliennes aussi hautes que la tour Eiffel alimentent en électricité un village tout entier. En dix ans, la Belgique a construit un parc éolien offshore qui fournit autant d'énergie qu'une grosse centrale nucléaire. En Belgique, nous avons été parmi les premiers à parier sur cette énergie. Aujourd'hui, nous sommes à la pointe mondiale de l’éolien en mer. Un statut que nous envient les pays étrangers.

Les entreprises belges fournissent des solutions climatiques au monde entier, du pôle Nord au pôle Sud. Elles sont la solution, pas le problème et nous ne pouvons qu’en être encore plus fiers. Nos entreprises, nos ingénieurs et nos experts figurent parmi les meilleurs au monde. Qu'il s'agisse de l'hydrogène vert, des parcs éoliens en mer ou des projets de dragage verts : la Belgique est un petit pays qui offre de grandes solutions climatiques.

Pointer constamment du doigt ne sert à rien. Bloquer quelques jets privés, ça soulage peut-être, mais cela ne règle en rien le défi climatique. Oui, l'ensemble du secteur aérien représente un bon 2 % des émissions de CO2 dans le monde mais d’ici quelques années, les émissions de tous les centres de données qui font fonctionner vos smartphones, tablettes et ordinateurs portables seront égales à celles de tous les avions réunis. Certains d’entre vous scandent « Just Stop Oil ». La réponse pourrait tout aussi bien être « Stop Using Your Phone » (Arrêtez d’utiliser votre téléphone). 

Je ne cherche pas à vous dissuader d’utiliser un téléphone, mais simplement à vous montrer qu'il existe de meilleures solutions. De meilleures technologies que développeront nos ingénieurs et techniciens pour que chacun puisse continuer à utiliser son téléphone à un prix accessible et de manière durable. Tout comme nos ingénieurs nous permettront bientôt de parcourir de courtes distances en avion électrique. De quoi donner aux gens plus de liberté tout en préservant notre planète.

L'un d'entre vous a accusé mon programme technologique de dater « des années 70 ». Or c'est précisément l'agenda climatique du « moins, moins, moins » qui remonte à ces années. Ce sont la technologie et l’entrepreneuriat qui garantiront notre qualité de vie tout en réduisant considérablement les émissions.

Il est toujours bon de porter un regard critique sur sa propre consommation. Je constate pour ma part que je pourrais manger moins de viande et me contenter de moins de vêtements. Mais j'ai compris depuis un moment déjà que ce n’est pas en dictant aux gens leur comportement que l’on suscite l’adhésion : ni chez nous, ni en Europe, ni en Chine, ni aux États-Unis, ni dans le reste du monde, et certainement pas à la génération actuelle dont l’horizon dépasse de loin le clocher du village (et heureusement).

Je n'ai d’ailleurs pas du tout critiqué les jeunes dans mon discours. Au contraire. Je les ai juste appelés à faire partie de la solution car je suis convaincu que c'est nécessaire pour réussir. J'ai dit que je comprenais ceux qui ont peur que nous n'allions pas assez loin. Mais que face à ces craintes, notre réponse devait être plus d’ambition, plus d’innovation et plus d'écoute à l’égard de ceux qui ont peur que les efforts demandés soient trop lourds. Mon message se voulait rassembleur.

J'ai également dit mon opposition à toute forme de vandalisme climatique et je continuerai à le faire. Je défendrai toujours le droit des gens à exprimer leurs opinions même si je ne les partage pas, mais quand la protestation glisse vers la violence et la destruction, je dis non. La culture de la destruction ne mène à rien. Elle ne fait qu'aggraver les problèmes, effrayer les gens et saper complètement l'adhésion à l'action climatique.

Au lieu de polariser et de détruire, nous devrions faire exactement le contraire : rallier plus de gens à la cause et ne jamais oublier que beaucoup se demandent s’ils pourront financer tous ces efforts. Il ne faut surtout pas perdre ça de vue. Car on ne fait pas avancer la cause climatique en proposant des solutions qui sont uniquement à la portée des nantis.

Poursuivons donc le dialogue correctement et, surtout, notre action climatique. Mais surtout : faisons-le ensemble. Nous sommes tous d'accord sur l'objectif : que chacune et chacun puisse vivre sur une planète où il fait bon vivre en toute liberté !

Salutations positives,

Alexander De Croo