Discours

Déclaration du Premier ministre sur l'invasion russe de l'Ukraine

Mesdames et Messieurs,

Chers/chères collègues,

Nous vivons aujourd'hui l'un des moments les plus sombres de notre Histoire depuis la Seconde Guerre mondiale.

Après avoir obtenu difficilement la paix dans les Balkans dans les années 1990, nous pensions que la paix en Europe était définitivement acquise.

Aujourd'hui, rien ne semble moins sûr.

Un conflit militaire sur le sol européen, aux portes de l'Union européenne et du territoire de l'OTAN. Une agression russe sans précédent et inédite envers une Ukraine innocente.

Cela dit, Vladimir Poutine n'en est pas à son coup d’essai.

Ces derniers mois, ces dernières années, de nombreux citoyens russes sont courageusement descendus dans la rue pour protester contre l'autocratie et la kleptocratie du président russe.

Ils ont été molestés, empoisonnés, assassinés.

Aujourd'hui, ce sont 45 millions d'Ukrainiens que Poutine agresse.

Qu'ils parlent russe ou ukrainien lui importe peu.

Ce qui gêne Poutine, c'est que les Ukrainiens sont des citoyens libres.

Ce qui le gêne c’est que l'Ukraine soit un pays libre.

Un pays qui fait ses propres choix.

Et oui, un pays tourné vers l'Ouest.

L’attaque de Poutine est donc une attaque contre la liberté.

Pour l'instant, l'agression de la Russie est uniquement dirigée vers l'Ukraine. Aucun élément ne tend à confirmer que la Russie vise également des pays de l'OTAN.

Cependant, un certain nombre de pays européens se sentent menacés et ont donc invoqué aujourd'hui l'article 4 du traité de l'OTAN.

L'article 4 stipule qu’en tant que membres de l'alliance, nous nous consultons à chaque fois que des pays se sentent menacés dans leur intégrité territoriale, leur indépendance politique ou leur sécurité.

En vertu de l'article 4, les premières consultations ont eu lieu ce matin et demain, nous consulterons les chefs d'État et de gouvernement des trente pays de l'OTAN.

Avec nos alliés, nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour intensifier la dissuasion et la défense. Mais nos actions seront toujours préventives, proportionnelles et non escalatoires.

Au niveau national, pendant ce temps, nous prenons les précautions nécessaires pour renforcer la protection de nos infrastructures critiques.

Plus tard dans la journée, le Conseil européen se réunira aussi en session spéciale pour se prononcer sur des sanctions plus sévères à l'encontre de la Russie.  Il s’agit du plus lourd paquet de sanctions de l'Histoire de l'Union.

Le temps des sanctions graduelles est révolu. Si nous n’agissons pas, Poutine ne s’arrêtera pas une fois l’Ukraine sous son joug.

Notre action vise à affaiblir le complexe industriel et militaire de la Russie.

Ces sanctions relèvent de plusieurs domaines.

En premier lieu, le domaine financier.

Nous devons isoler les banques et les entreprises d’État russes des marchés monétaires internationaux.

Outre les banques et les entreprises, il faut ajouter des représentants de l'élite politique et économique à la liste des sanctions - des oligarques russes au club des kleptocrates entourant Poutine.

L’ensemble de sanctions devra aussi se concentrer sur la technologie dont la Russie a besoin pour faire tourner son économie et assurer ses activités militaires.
 

Chers/chères collègues,

Soyons clairs : ces sanctions ne sont pas destinées au peuple russe, mais à accroître la pression sur le régime autocratique installé au Kremlin. 

Ce qui est en jeu aujourd'hui n'est rien de moins que la paix et la sécurité en Europe.

Pour Vladimir Poutine, la démocratie est faible et les valeurs occidentales sans valeur.

Parce que - contrairement à lui - nous n'utilisons pas la violence physique. Nous ne mettons pas en jeu des vies humaines pour mener des guerres inutiles.

Parce que nous rejetons sa « loi du plus fort » et préférons le dialogue politique aux missiles de croisière.


Chers/chères collègues,

Ce type d'agression et de guerre est condamnable.

C'est un modèle du passé.

Construit sur des fondations bancales.

Sur une société de méfiance et une économie dans laquelle un petit groupe s'enrichit au dépens de la population.

C'est un régime fondé sur la restriction de la liberté et l'affaiblissement des citoyens.

Notre démocratie peut sembler fragile, mais elle est beaucoup plus résiliente.

Précisément parce qu'elle est fondée sur le libre arbitre et la coopération volontaire.

 

Chers/chères collègues,

Nous n’initierons un changement qu'en formant un bloc solide avec nos partenaires européens et nos alliés de l'OTAN.

Nous devons former un Occident uni dans les jours et les mois à venir.

Et nous devons utiliser cette unité pour mettre fin à la grande injustice faite à l'Ukraine.

La seule façon de sortir de cette crise est l'arrêt immédiat de la violence.

Ce qui se passe aujourd'hui ne concerne pas seulement l'Ukraine.

Il en va également de notre sécurité européenne.

De notre Europe.

Une Europe qui opte résolument pour l’ordre juridique international et une Europe qui a appris que la guerre ne produit que des perdants.