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Discours Manager de l'année
5/1/2010 -
Seul le prononcé fait foi.
Mesdames et messieurs,
Je suis heureux de me trouver aujourd’hui devant vous pour la remise du prix Trends/Tendance du manager de l’année. Notre présence ici aujourd’hui signifie davantage que lors d’une année normale, et ce pour deux raisons : 2009 a été une année très difficile pour les entrepreneurs et les managers compte tenu des facteurs tumultueux dans le contexte que nous connaissons. En outre, nous sommes à l’aube d’une année où les considérations socio-économiques représentent à nouveau une préoccupation centrale . Nous devrons cette année faire tout notre possible dans ce domaine afin de consolider la reprise hésitante.
2009 a été la première année complète de crise. La crise bancaire était déjà latente depuis le début de l’année 2008 mais n’a fait connaître toute son intensité qu’en septembre 2008, avec la chute de Lehman Brothers. Le secteur bancaire belge en a ensuite lourdement subi les conséquences directes. C’est grâce à l’intervention résolue du gouvernement à la fin 2008 que le secteur bancaire belge a pu éviter un effondrement total.
La paralysie du système financier à la fin 2008 a engendré une crise de confiance : les citoyens se sont mis à consommer moins, le commerce international s’est grippé et la production des entreprises s’est contractée. La crise financière internationale a contaminé l’économie réelle du monde entier dans une mesure encore jamais vue. Les autorités belges ont donc immédiatement réagi et ont pris des mesures de crise afin d’absorber l’impact de la crise sur l’économie réelle. C’est en partie grâce aux mesures prises par le gouvernement que la Belgique est convenablement parvenue à traverser la crise :
- Les charges sur le travail ont été diminuées dans le cadre de l’AIP. Cette mesure atteindra sa vitesse de croisière en 2010 et a permis une diminution des charges de l’ordre d’1,1 milliard d’euros par rapport à l’année 2008. En outre, les entreprises ont reçu un ballon d’oxygène supplémentaire notamment en raison du fait que le gouvernement – dans le cadre de son plan de relance – est devenu un payeur ponctuel pour ses factures, par le biais d’un système de suivi strict.
- Le pouvoir d’achat des citoyens s’est vu renforcé. Depuis son installation, le gouvernement a augmenté le pouvoir d’achat d’1,5 milliards d’euros, dont 750 millions destinés à renforcer les pensions. Lors de la confection du budget, les pensions minimums des travailleurs indépendants ont été augmentées et des fonds supplémentaires ont été mis de côté pour une nouvelle augmentation du pouvoir d’achat à la fin 2011.
- Le régime du chômage temporaire, qui a été renforcé pour les ouvriers et temporairement étendu aux employés, a permis un soutien aux entreprises à concurrence d’1,06 milliard d’euros en 2009. Cette possibilité de chômage temporaire pour les employés se poursuivra d’ailleurs jusqu’à la mi-2010.
- Plusieurs mesures respectant les trois T – timely (prises en temps voulu), temporary (temporaires) et targeted (ciblées)- ont été mises en œuvre. Les investissements dans les logements économiseurs d’énergie ont été stimulés, la TVA pour les nouvelles constructions a été diminuée et les charges pesant sur les employeurs qui engagent des jeunes peu qualifiés et des chômeurs âgés ou de longue durée ont encore été revus à la baisse lors de la confection du budget.
- Finalement, le gouvernement continue de prendre des mesures visant à renforcer l’entrepreneuriat. La loi sur la continuité des entreprises a permis de donner une seconde chance aux entreprises en difficulté, leur évitant ainsi la faillite. La diminution de la TVA dans l’horeca a également donné un nouveau ballon d’oxygène à ce secteur, et nous encourageons les starters en améliorant le statut social des indépendants.
Mesdames et messieurs,
Les mesures que j’ai exposées précédemment ont également contribué à faire en sorte que la dégradation économique soit quelque peu moins importante que dans le reste de l’Europe. En effet, la contraction économique a touché 20 des 27 pays de l’UE plus durement que la Belgique en 2009. La Commission européenne estime dès lors qu’avec un recul de 2,9%, la Belgique s’en sort un peu mieux que l’Union européenne dans son ensemble (avec un recul de 4,1%). La BNB prévoit d’ailleurs une croissance de 1% pour 2010. Au vu de la situation européenne, l’augmentation du chômage reste également assez limitée dans notre pays : entre octobre 2008 et octobre 2009, le taux de chômage belge a augmenté de 1,1 point de pourcentage, alors que cette augmentation représentait en moyenne le double à l’échelon européen. La Belgique se place ainsi dans les 5 pays les moins touchés par cette augmentation. En outre, la confiance des entrepreneurs est revenue à son niveau moyen des années précédentes et la confiance des consommateurs s’est solidement rétablie au cours des derniers mois.
Il n’en reste pas moins que tous les effets de la crise n’ont pas fini de se faire ressentir. La diminution de la confiance a, en effet, mené à une faible utilisation de la capacité et au report des investissements. La demande s’est certes quelque peu rétablie fin 2009, mais les entreprises ne tournent toujours pas à plein régime. En 2010, cette crise qui touche la confiance et les investissements engendrera donc la poursuite de la détérioration du marché du travail.
C’est pourquoi il est indispensable qu’en 2010, l’entrepreneuriat et le marché du travail fassent partie de nos préoccupations principales. 2010 doit être l’année du renouveau et non de la rechute. 2010 doit également être l’année de la collaboration avec tous les actionnaires, avec les autorités, les partenaires sociaux et les leaders d’opinion.
Dans un premier temps, le gouvernement fédéral exécutera les mesures déjà adoptées et en suivra l’évolution afin de renforcer les politiques au cas où cela devait se révéler nécessaire. De plus, il nous faudra à tous éviter de reproduire les erreurs commises par le passé. Nous devons éviter que des groupes entiers de personnes ne soient définitivement rejetés du marché du travail – c’est dans ce contexte qu’il faut considérer les mesures en matière de prépension et de chômage des jeunes. Nous devons éviter que les charges qui pèsent sur les entreprises ou sur l’entrepreneuriat ne s’envolent. Finalement, nous devons mener une politique coordonnée et tournée vers l’avenir aux fins de renforcer l’économie. A cet égard, la coopération s’avère plus importante que jamais. C’est la raison pour laquelle le gouvernement fédéral tend très concrètement la main aux gouvernements des régions en vue d’une collaboration dans divers domaines, à savoir :
- La politique du marché du travail
- La recherche et le développement, de même que l’innovation
- La formation
- Les travaux d’infrastructure et les investissements
- L’attraction d’investissements étrangers et l’amélioration des performances de notre économie en matière d’exportation, tout particulièrement en ce qui concerne les pays émergents.
Et ce dans le respect des compétences de chacun et en tenant compte de la difficulté du contexte budgétaire. En effet, nous ne devons pas perdre de vue le cadre budgétaire à long terme, car des finances publiques saines sont une condition indispensable à la prospérité. A cet effet, nous devons donc trouver le juste milieu de manière à maintenir à son niveau la confiance des citoyens et des entreprises. Cela implique d’effectuer un assainissement au bon moment – ni trop rapidement, ni trop tardivement – et, lorsque la croissance le permettra, de prendre les mesures nécessaires pour avancer tout en respectant les recommandations européennes.
Nous tendons également la main aux partenaires sociaux afin de faciliter leur coopération. Le gouvernement fédéral est conscient que le dialogue social est plus compliqué en temps de crise qu’en période de haute conjoncture, mais qu’il n’en reste pas moins tout aussi important. Je souhaite toutefois également confronter les employeurs, tout comme les autres partenaires sociaux, à leur responsabilité – responsabilité de parvenir ensemble à des solutions pour les grands défis qui se posent encore. En effet, une collaboration efficace est indispensable pour lutter contre la crise. Ce ne sont pas des adversaires, mais bien des partenaires qui doivent s’asseoir à la table des négociations – d’autant plus dans le contexte actuel. Ils doivent ainsi se montrer compréhensifs vis-à-vis des opinions de chacun et être en mesure de dépasser les stéréotypes dans l’intérêt général.
Entreprendre en 2010 sera tout sauf facile. Jour après jour, des managers doivent livrer un véritable combat pour permettre à leurs entreprises de survivre. Ils se retrouvent entre le marteau et l’enclume : entre la contrainte des chiffres et les conséquences humaines des décisions difficiles qu’ils doivent parfois prendre dans l’intérêt de l’entreprise. Car aussi difficile que soit la réalité pour les travailleurs licenciés, il serait injuste de penser que les personnes à la tête des entreprises prennent leurs décisions à la légère ou ne se sentent pas touchées par le sort des personnes concernées.
Nous sommes également trop durs à l’égard des entrepreneurs qui ne voient pas leur efforts récompensés et doivent cesser leurs activités. Dans notre pays, faillite est quasiment synonyme d’échec, alors que la réalité est bien souvent différente. Les entrepreneurs méritent notre soutien, aussi et surtout s’ils sont en difficulté. Ce qu’ils apportent à la société – le maintien d’une économie qui tourne et la création d’emplois – en vaut largement la peine.
Dans quelques instants, une personne sera élue Manager de l’Année. Qui que ce soit, il ou elle mérite ce titre. Mais plus encore que les autres années, tous les entrepreneurs et managers méritent que l’on reconnaisse leur dévouement et la sincérité de leur acharnement. Je leur souhaite beaucoup de courage et de réussite pour 2010.
